0041 (0)79 433 25 38 info(at)tango-sierre.ch

Reproduire des chorégraphies ou apprendre à danser ?

Texte originale par

.

À la fin des années 1960 en Californie, le psychologue Walter Mischel réalisa une expérience connue sous le nom de « test de la guimauve » (Chamallow pour les français). Nous y reviendrons…

 

L’inexorable ascension

C’est l’histoire de Thomas qui part s’inscrire à un cours de danse. Son objectif : savoir danser. Galvanisé par les publicités promettant l’apprentissage de mouvements super-extra-mega-cool, le voilà donc qu’il suit des leçons à la première école venue. Enchanté de sa première session, il rempile pour une seconde et enchaine les suivantes avec délectation. À tous, il fait connaitre sa ferveur : « Les profs sont excellents, tu les verrais danser…, c’est juste wow ! Et puis alors, les mouvements qu’on fait en cours, c’est vraiment de toute beauté ! Je sais pas où ils vont chercher tout ça. C’est tout un défi ; je te dis que je suis rendu bon avec tout ça ! ». Il fait un tabac en soirée et sa popularité est acquise. L’affaire est conclue : il est la réincarnation de Manning.

Puis vient ce jour où, sur la piste, il rencontre de la charmante Justine.

 

La stupéfaction

Ce soir-là, notre protagoniste et sa bande assistent à une soirée à laquelle ils ne s’étaient encore jamais présentés. Alors que Thomas quitte la piste après un étourdissant duo avec sa partenaire habituelle, Justine, une parfaite étrangère déjà enivrée de lindy hop, lui saisit le bras en guise d’invitation. Les voilà partis pour ce somptueux moment de complicité que seule la danse peut offrir à deux inconnus. Seize secondes de communion, sitôt interrompues par un petit quiproquo. Petit arrêt, fou rire, et ça repart. Jeu de jambe, iojudfe (nom fictif), petit arrêt (pourtant, ça passe toujours normalement), sourires bienveillants, et ça repart. Remontée, chlagafwi magistralement exécuté par Thomas, mais petit arrêt quand même, sourires embarrassés, sourcils crispés et ça repart. Thomas tente le tout pour le tout et sort l’artillerie lourde : enchainement du giblbeuz et du wertiki, suivi du très efficace lopircag (sa botte secrète infaillible). Arrêt. Incompréhension de part et d’autre. Regards anxieux. Palabres de circonstance échangées avec résignation, puis dissolution du couple.

Cet échec était pour Thomas un événement insoupçonnable. Il venait de faire là une toute nouvelle expérience, tant gênante qu’inattendue : Justine, qui pourtant virevoltait sur la piste encore quelques minutes auparavant avec divers partenaires, n’était pas en mesure de le suivre, lui.

 

L’épiphanie

Il y avait bien deux ans que Thomas dansait et l’on pouvait dire qu’il y mettait du temps, du talent et du cœur. Hélas, sans le savoir, il avait appris des pas et des mouvements spécifiques, et non réellement à danser. Cela est de bonne guerre et peut se justifier si l’on souhaite apprendre des chorégraphies, ou simplement si l’on cherche à relever des défis personnels. Plus rapide, plus facile, plus séduisante et plus répandue est cette approche, mais en aucun cas ne produit-elle des danseurs de bal (c’est-à-dire à l’aise d’évoluer sur une piste avec n’importe quelle partenaire). Thomas venait de le réaliser brutalement. Le répertoire de variations auquel Thomas avait eu accès était composé de mouvements visuellement très impressionnants, mais qui hélas étaient très difficiles, voire impossibles à guider. Il réalise alors que les danseurs de son école ne pouvaient danser qu’entre eux.

 

Ce qu’il fallait démontrer

Revenons au test de la guimauve. Celui-ci permet de mesurer la sensibilité à la gratification différée, c’est à dire la capacité d’un individu à retarder l’obtention d’une récompense dans le but d’en augmenter les proportions. Pour réaliser ce test, le psychologue Mischel plaça un enfant dans une pièce et lui offrit deux choix : prendre la guimauve tout de suite, ou bien attendre quinze minutes et en avoir deux. L’expérience fut conduite quelques milliers de fois et les vidéos sur ce sujet sont très amusantes à regarder (liens en fin d’article). Le choix auquel le participant est confronté est déchirant mais sur le plan économique, purement rationnel, c’est évidemment le second choix qui l’emporte.

Il en va de même lorsque que l’on apprend toute forme de danse de couple et là réside notre comparaison avec le test de la guimauve. En choisissant de dévorer la première guimauve, c’est-à-dire en passant du temps à apprendre et à travailler des mouvements qui se révèlent finalement non guidables, le pratiquant risque d’éprouver un profond sentiment de frustration lorsqu’il s’apercevra enfin de son terrible déficit technique (comme c’est le cas pour Thomas). Réaliser que l’on a « appris dans le vide » n’est plaisant pour personne.

En faisant le choix d’un parcours un peu plus long et peut-être aussi, admettons-le, moins « glamour » (pour finalement obtenir deux guimauves), on s’engage sur une voie tout aussi divertissante mais mettant peu à peu en lumière tout le raffinement et les subtilités du lindy hop, qui se révèle alors être une danse sociale extraordinairement riche. Ce parcours permet notamment d’apprendre à compter la musique en tout temps, de maîtriser l’art du guidage et l’écoute de l’autre, ou encore de mettre ses partenaires en valeur, en ne les mettant, par exemple, jamais en difficulté. L’approche sociale, qui prépare donc au bal (aux soirées dansantes), demande d’investir un peu plus de temps mais le plaisir éprouvé par qui en maîtrise les arcanes est à ce point délectable que cela vaut effectivement la peine d’y employer notre énergie. Vous l’aurez maintenant deviné, c’est bien sûr l’approche que nous préconisons.

 

Notre conseil

Pour éviter toute déconvenue, il convient de faire le tour de l’offre des cours. Il y a de tout partout et il est certain que chacun peut trouver le type de formation qui lui convient le mieux. À ceux qui souhaitent pouvoir danser partout en soirées, investissez sur votre avenir de danseur plutôt que de vous précipiter vers ce qu’un œil non averti juge prodigieux. Vous verrez votre plaisir s’intensifier et votre motivation décupler au fil des progrès.

Évidemment, juger de la qualité d’un cours est très difficile pour qui n’a que peu d’expérience en danse. Rendez-vous en différents endroits et testez plusieurs professeurs. Observez-les et écoutez le discours de chacun :

  • Vous parle-t-il de guidage ou vous propose-t-il de faire de l’acrobatie dès les premières sessions ?
  • Encourage-t-il un comportement « m’as-tu-vu », approprié sur une scène mais absolument pas sur une piste de danse ?
  • Aborde-t-il la différence entre la danse sociale et la danse chorégraphiée ?
  • Parle-t-il de respect entre les partenaires et de l’éthique du danseur ?

Enfin, et c’est peut-être là le plus important, vous souhaitez trouver un cours où il règne une ambiance saine d’entraide, de respect et de plaisir. Après une longue journée de travail, vous aurez alors hâte de vous rendre à votre cours de danse !

 

 

Liens

  1. The Marshmallow Experiment – Instant Gratification : https://www.youtube.com/watch?v=Yo4WF3cSd9Q
  2. The Mature Marshmallow Test : https://www.youtube.com/watch?v=jQvBrEEYS20

 


 

Pour vous renseigner sur les cours que j’offre à Québec, visitez ma page Facebook : https://fr-ca.facebook.com/MichaelCasajusDanseur